José, guardien de phare à Lobos aux Canaries


Le gardien de phare de L'ile Lobos le 11 Novembre 1870


Je me lève, il fait gris, le ciel est bas, je n’ai envie de rien. En fait depuis quelques jours je n’ai plus le moral. Cette nuit, j’ai mal dormi, je me suis levé plusieurs fois, j’ai toujours peur que la lampe s’eteigne . Pourtant j’ai le sentiment de ne servir à rien et à personne. De toute la nuit je n’ai vu aucun feu de navires, aussi loin que l’horizon le permets. J’ai l’impression d’avoir fait le tour de mon phare. Je me plais à rêver de grands voyages à la voile, de rencontres improbables, de nuits passer à boire et à écouter de la musique. Mon royaume est modeste. Même si grâce à moi les bateaux se dirigent avec sécurité entre Lanzarote et mon Ile, le royaume sur lequel je règne est ridicule. J’ai l’impression que les frontières sont trop petites. Bon! il ne faut pas que je me laisser aller, voici plusieurs jours que je ne me rase pas. Il ne manquerait plus que l’inspecteur de la Cour d’Espagne aie l’idée de venir me voir. Ce gars est plutôt sympathique mais je ne l’aime pas. En fait je n’aime pas les gens d'ailleurs. A part Tina, la serveuse de la Bodega Rubicon en face sur l'Ile de Lanzarote.


J’aime penser à elle quand les journées sont longues, à ses seins que je devine sous son corsage, à la courbure de ses hanches. Je ne manque jamais une occasion d’aller manger un morceau à la Bodega Rubicon avec mon copain Giordano de Playa Blanca. Je dois lui plaire aussi à Tina. J’ai toujours une assiette mieux garnie que Giordano lorsque c'est elle qui nous sert.

Il faut dire que nous nous arrangeons toujours pour y aller manger lorsqu'elle est là. Je soupçonne Giordano d’être aussi amoureux de la belle Tina .

Et comme il n'habite pas loin , il se pourrait qu’un jour il me l’a souffle. Je ne peux pas lui en vouloir, qui veut d’un pauvre marin comme moi, échoué sur un bout de cailloux à garder un phare ? D'ailleurs je garde les cailloux ou le phare ? Moi José Rial, auteur de best-sellers qui n’ont été lus par personne... En même temps je l’aime mon île, faite de volcans et de pierres torturées.


Ces cailloux me ressemblent. Noirs, avec des formes qui semblent modelées au hasard. Lorsqu'on prends le temps de s’asseoir, de les regarder, de les écouter , on découvre plein d’histoires de mer, d’amours et de navigations. En fait se sont des sculptures, mes sculptures. Je suis sûr certains qu'ils ont une âme.

Chaque fois que je passe dans le chemin au soleil couchant, toutes ces âmes englouties depuis des millénaires chantent avec les oiseaux et racontent des histoires . Histoires que je suis seul au monde à connaitre car ici il ne passe jamais personne.


Même les phoques habitent de l’autre côté de l’Ile. Ils aiment à se prélasser au soleil là où habite Lionellito, mon ami, et sa femme Nadine.

Avec des noms comme cela, je me suis toujours demandé d’où ils venaient. Il parait que leur parents étaient du Nord de la France. C’est lors de l’invasion de l’ile par les troupes de Bethencourt au XIV éme siècle que l’un de ces ancêtres a dû rencontrer une canarienne à Fuerteventura et qu’ils se sont installés ici. Tu te demande bien ce qu’un français du pays de Cau est venu faire ici au nom du roi de Castille Henri III. Les destins prennent parfois des détours inattendus . Comme ce Bethencourt déclaré Roi des Canaries ou ce Christophe Colomb, tout le monde pense qu’il était le premier partout mais que nenni, il n'est arrivé ici qu’un siècle après. D’ailleurs en ruminant toutes ces idées, je viens de m’apercevoir que je n’ai pas encore nettoyer le reflecteur de la lampe à l’huile du phare. Qui viendrait me le reprocher ? Est ce que je ne pourrai pas plutôt aller à la pêche, cela fait longtemps que je n’ai pas manger de poisson.


Ou alors je peux essayer d’attraper une des aigrettes qui me narguent chaque année dans la lagune. Quand je dis qu’elles me narguent, elles n’y sont pour rien...elles, elles migrent. Pas comme moi, qui rêve d’acheter un voilier pour emmener Tina vers le sud , vers la Cap Vert. Il parait qu’il y a des Iles couvertes de d’arbres et de fleurs. Je ne connais que mon caillou, mais l’on m’a raconté qu’il y a aussi des Iles toutes vertes au Canaries. Pour ma part je me contente d’admirer les quelques petites fleurs ou plantes qui poussent autour du phare et dans la lagune. Depuis des années que je suis ici, j’en compte plus de cent. J’aime à penser qu’elles ne poussent que pour mon plaisir et qu’elles n’existent pas ailleurs. Moi et mes plantes nous sommes endémiques! Il faut aussi que je donne un coup de main à Lionellito pour réparer ses casiers à homards. En même temps nous sommes aux Canaries, si ce n’est pas fait demain , ce sera pour le jour d’après. Tant que j’y pense, tu ne crois pas que ce Juan de Leon y Castillo architecte du phare, aurait pu me faire un potager sur la terrasse? Au lieu de cela , je suis obligé de cultiver mes légumes en contrebas, là où il y a moins de vent et plus d’humidité.

Allez, ferme a boite à penser, mets toi au travail..

La journée sera rude, c'est comme cela sur l'Ile de Lobos.

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